le prix de l’essence. mai 2008

 

Tout va très vite, on nous vend de l' ailleurs, du futur, des espérances et on nous dépossède de l'iciIci n'existe plus,on pense à là bas, à plus tard, à mieux. On ne sait plus habiter le réel en acte. Ici est vidé de son mouvement. Alors on cherche à remplir avec tout le reste, et plus on remplit plus ça sonne creux.  

Le monde marche avec une valeur ascendante, une chose dont le prix monte, et pour laquelle les pays se font la guerre, les gouvernements asservissent les peuples à des idéologies souvent religieuses et parfois morales, refusent l'aide humanitaire à des populations mourantes pour ne pas gêner le passage de cette chose dans les circuits. Cette chose pour laquelle les puissances économiques et politiques sont prêtes à tout, c'est le pétrole. Nous avons besoin de pétrole, les ressources naturelles s'amenuisent et les prix flambent. Une vie humaine n'a pas de valeur à l'échelle d'un baril. Ce prix de l'essence accélère la folie et la déshumanisation du monde, il cristallise le cloisonnement et la précarité des populations.Ce fluide noir et souterrain attise toutes les convoitises et les croisades des temps modernes se font au nom de ce dieu là. Les autres flux, ceux de nos corps, de notre désir, de nos devenirs, se trouvent arrêtés dans cette course à l'avoir et se tarissent. Où est la source? plus je la cherche et moins je la trouve. Où est la source, sinon ici. Un ici où mes pieds touchent le sol, qui se réactualise sans cesse dans le mouvement du vivant, et où je peux surfer sur le flux du présent. Le présent étant cet instant bergsonien du continuum ou le passé devient l’avenir.


C'est ici que jaillit mon essence, elle ne peut se monnayer, elle ne se trouve que par contact du corps au sol, à un autre corps, au mouvement vécu. Cette essence là, qui est un désir au sens de Spinoza, si je veux m'en nourrir et en nourrir le monde, si je veux la connecter à celle des autres pour qu'elle prenne des formes qui voyageront là bas, vers tous les là bas, les ailleurs où elle rencontreront des semblables, alors je dois le faire sans doute à contre courant des flux boursiers du monde, de l'efficacité et du rendement à court terme. C'est un contre courant puissant, analogue à celui du vivant que Bergson oppose à celui de la matière. Il est deuleuzien et rhizomatique. Nous sommes plusieurs à le suivre, artistes, enfants, émulsions sensibles, philosophes, acteurs humanistes et humanitaires, méditants, soignants, humains au contact de la nature...

 Faire jaillir son essence dans le réel en ate et la mettre en réseau avec d'autres essentiels pour nourrir les fleuves du devenir est plus que jamais difficile. Le prix est élevé. Il faut se positionner sur un plan d’immanence, en marge d'un type de fonctionnement économique et du culte de la rentabilité Ce la peut exposer à une certaine violence au quotidien. Comment vivre? On finance plus facilement des formes qui rassurent et divertissent les foules. Le prix de cette essence est au plus bas : celle du désir d’altérité, celle qui fait que l’on diffère de soi  dans le continuum du présent, qui ne fait pas de concessions tout comme le concept de cruauté chez Artaud,c’est à dire d’intention de vie, et ne cherche pas à répondre à la demande, qui accepte d'être difforme et donc non conforme. La beauté de la complexité organique et multi sensorielle est encombrante. Ce qu'on ne peut labelliser dérange. 

Le cours de mon essence est au plus bas et c'est pour cela qu'elle est inestimable. Je m'associe à mes semblables pour intensifier ce flux là. Nous faisons rhizome, ça circule sous la surface, c'est hautement énergétique, c'est tout, c'est rien, c'est ici même. 

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