portrait liquide septembre 2008

 

Je suis une fille d'eau chaude, de cafés et de thés, de bains souvent pris brûlants. Je suis une fille d'un lac de mon enfance, de l'eau lisse du soir et des matins. je suis une fille de l'eau de pluie, des gouttes lourdes qui s'écrasent sur les vitres. J'ouvre les fenêtres quand il pleut pourvu que ce soit à verse. Je suis une fille d'orages et de piscines. Je me glisse dans l'eau tiède d'un coup, je laisse mes cheveux flotter autour de mes épaules et les bulles glisser sur ma peau. Je traverse toute la longueur sous l'eau, sans penser à rien qu'à la propulsion hydraulique et à l'eau dans mes tissus même. Je m'affranchis de la pesanteur. L'eau est huileuse et douce, je spirale, je m'enroule, je flotte, je joue avec les flux. Pas de haut ni de bas, pas de poids, voilà. Eau chaude au dehors, eau chaude au dedans. Je me trouve.


Je suis une fille liquide.


l'homme est principalement constitué d'eau, c'est une connaissance courante. Et bien je le vis, je ne m'imagine pas être solide. Mon corps est un dégradé de liquides plus ou moins denses, qui échangent, voyagent, se versent, circulent :

courants, nappes, gels, jaillissements, traversées des membranes. Il n'y a pas de séparation nette entre un tissu et un autre, un organe et un autre.



J'assimile par l'eau, j'évacue par l'eau, je fais mes transitions par l'eau, transitions entre un endroit et un autre, une idée et une autre, une étape et une autre, verres bus, bains pris, nage, larmes, douches...

Les fluides sont l'interface entre l'énergie et la substance, les vecteurs d'échange entre mon corps et le fait d'être en vie.

L'eau fait le lien entre mes cellules et le reste, entre le visible et le non visible. Elle est le lieu transitionnel des passages et des transformations, le support de ma connexion au vivant.

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