notes au cours du processus de création.2008
notes au cours du processus de création.2008
- Et maintenant, qu’est ce que tu as envie de faire?
Me recentrer sur la création, l’essence même des choses, ne plus rien concéder.
Ne rien demander, n’avoir besoin de rien, produire. choisir son matériau et son format.
(notes au cours du processus de création du prix de l’essence)
Lorsque je regarde les images tournées avant hier, je suis déroutée. Je regarde une part de moi que je connais mal, rendre des images troublantes. Nous cherchons à dépasser nos frontières connues, à défricher nos territoires intérieurs. Au préalable, nous parlons entre nous, de nos besoins vitaux, de ce qui pourrait les menacer ou les contraindre, nous parlons de sujets, d’images, de références, nous esquissons des projets de route et puis, quand ça tourne, je me jette, sans plus penser à rien, je pars, je n’ai plus de réflexion possible. Je ne sais ni qui je suis ni ce que je produis. Le sens m’échappe. Tout m’échappe.
Dès la première seconde, il est déjà trop tard, trop tard pour l'art, trop tard pour savoir, trop tard pour tout sauf être. être conscient, animal, végétal.
ça tourne. Je suis dans un état modifié de conscience, avec comme seuls repères les informations proprioceptives que mon corps m’envoie. Cette dernière journée de tournage, la dixième, je ne savais plus où était la caméra, je ne maîtrisais même plus cela, mon dialogue familier avec le cadre. J’entendais la musique mais pas toujours. Et lorsque plus tard, j’ai regardé les images, j’étais à la fois épouvantée et fascinée. J’avais peur, j’avais hâte. Quel est le prix? Quel est le prix à payer, le prix de notre essence? Quel visage nous réserve ce qui en nous n’a pas de mots ? Nos monstres se révèlent à nous, ils sont troublants et fantastiques. Je ne les connais pas. Quels sommes nous?
J’ai regardé sur internet des images de poupées cassées et désarticulées, et puis le travail de Bellmer. j’ai lu. C’est une étape. Au delà de certaines pudeurs, nous n’aurons plus à nous préoccuper de la question même du corps ou de la nudité. La question se déplacera ailleurs.
Voilà, je suis fragile, comme après une première fois, vivante et incertaine. C’est un processus. De l’expérimentation. Un passage initiatique. C’est de l’art. Oui. C’est un sésame non? on peut tout tenter en ce nom là. Je suis une enfant.
J’ai besoin de me sentir plusieurs. Nous nous mettons en jeu. Nous sommes joués. Là est l’essentiel. Au delà de nos préjugés et de nos modes habituels de fonctionnement, quels serons nous? C’est exaltant d’avoir des territoires vierges à explorer mais c’est effrayant aussi. Cela ne va pas de soi. J’ai confiance en nous, et en la sincérité de nos aspirations. Nous avons fait le choix de la profondeur et d’un chemin sensible.
Nous créons des rhizomes, des liens sous la surface des apparences qui lient un être à un autre et tissent un réseau d'appartenances non visibles, mais toutefois manifestes.
Nous sommes en réseau, en résonance, chacun des iris semble isolé dans un jardin, tous sont reliés de façon vivace, fondamentale.
Dans les films, Il ne s'agit pas uniquement d'état de conscience modifié, mais d'espace temps modifié. Le rapport même à la matière est modifié, ce n'est pas la même fréquence vibratoire. Je ne sens pas de continuité entre ma vie quotidienne et notre processus. Ce sont deux univers distincts et poreux qui pourtant coexistent et parfois même se superposent sans toutefois se mélanger. Nos films sont notre face cachée de la lune et s'accommodent mal de la lumière. Ils deviennent inavouables et c'est peut être le signe que nous sommes sur la bonne voie. Il n'a jamais été question entre nous de faire des images brillantes, lisses, identifiables, commercialement rassurantes. Il est plutôt question de déplacer les repères et de se soumettre à la possibilité d'une désorientation. Rien n'est plus difficile, nous vivons dans un paysage codifié, nous sommes profondément influencés par des images que le monde produit pour nous. Ces repères tiennent lieu de religion. Quiconque les questionne se met en péril. Donner à notre animus/anima un espace d'expression est une action qui peut nous entraîner dieu sait où dans la mesure où il est possible qu'une voix qui a longtemps été tenue au silence puisse rencontrer une certaine paralysie dans son expression ou encore avoir avoir une telle soif d'espace que nous ne saurons l'endiguer. Je n'ai pas envie de me censurer, surtout pas maintenant. Je ne connais pas la valeur de notre travail, si ce n'est que pour moi, il n'a pas de prix. J'ai envie d'aller de plus en plus loin et j'ignore absolument ce que cela veut dire si ce n'est que je suis engagée dans ma totalité.
Bruno m’écrit “Je n’ai plus le temps d’être autre chose que moi même”.
- c'est un jeu entre ce qui est caché et montré. Lorsque l’intime peut être montré alors que donne t' on à voir ensuite? à quoi revient on?
- la camera est parfois pudique et esquive trop d'intimité, puis cherche à obtenir plus que se qu'elle capte, elle devient indiscrète. J'aime ce double rapport. pudeur et indiscrétion. la caméra peut tout prendre ou tout cacher, je suis d'accord.
les images me mettent en question, et à ce stade du processus tout questionnement m'intéresse.
fascination et effroi. frivolité et profondeur. poncifs et transgressions.
nullité et création. nécessité et relativité. introspection et distance. sensibilité et détachement. impudeur et réserve. beauté et obscénité. lyrisme et quotidien. poésie et formatage. art et rien. intimité et collectif. proximité et distance.
Voici quelques unes des contradictions dont je suis le terrain. J'ai à la fois envie de reculer et l'obligation d'avancer.
Quelque chose cherche à se manifester et à besoin de formes et de dispositifs pour le faire, quelque chose de vous de moi, de chacun, et nous ne savons pas ce que c'est, mais pouvons seulement pressentir sa nature trouble, ou sublime, ou douce ou difficile, ou drôle, c'est un truc à plusieurs humeurs.
Prêts à changer d'humeur?
Le temps est à la fois étendu et très court. Nos existences sont pleines et sont un souffle. Nous avons le temps d'une multitude de choses et le temps de rien.
L'art n'est plus un mot qui me fait peur quand il s'agit de moi. je veux continuer de me donner les moyens de produire des formes, pour moi essentielles.
j'avance sur des oeufs et à la fois je me jette, Je voudrais entendre chanter ce qui habituellement se tait.
Manifeste
Se confronter au vertige de la page blanche.
Faire l’expérience du présent.
s’autoriser la possibilité du non-faire et de la non-justification comme mode d’expression de l’être.
Chercher des territoires où les chemins instinctifs se confrontent à l’organisation des savoirs, où la réflexion est en devenir.
Questionner les frontières entre la présence à soi et les systèmes inhérents au fonctionnement de notre société (numériques, consuméristes, philosophiques, politiques..).
Opposer le sensible, l’impermanence des flux à toutes les formes instaurées (étiquettes, institutions, classifications, marches à suivre).
Pour cela, nous investissons des espaces alternatifs privés ou publics.