La méthode

Un corps sismographe

« Au fil du temps, de mes travaux de recherche-création, j’ai développé des chemins d’alliance, par la danse, avec des partenaires et d’environnements. J’ai progressivement élaboré une méthode de composition instantanée : Corps sismographe, qui propose de tracer, par le geste chorégraphique, les informations reçues, à la fois de l’environnement externe et de l’intériorité. Cette méthode est issue d’une tentative de mise en œuvre simultanée de divers aspects de la pratique, à savoir : 

  • Une base somatique, cellulaire, fluide et vibratoire permettant l’activation d’espaces de résonance entre les corps, ainsi qu’entre les corps et les environnements.
  • L’activation d’une dimension qui interconnecte les corps à ce qui les déborde.
  • Les moyens de rendre visibles et lisibles, par la danse, les liens qui nous agencent au monde. 

L’intention est d’œuvrer pour le collectif, pour l’époque, pour la Terre, en investissant des relations avec le non-uniquement-humain, la nature, la pensée et l’inconscient. 

Partant d’une connexion moléculaire à la matière et d’une résonance cellulaire avec le vivant organique, puis activant une dynamique de réciprocité entre interne et externe, le corps, comme un sismographe trace en temps réel les informations qu’il perçoit (images, mouvements, impressions, sensations...). Cette pratique fait naviguer la perception de strate en strate. Elle additionne différents niveaux de sensation et de perception, et naviguer entre eux. Elle inclut un travail avec l’émotion et l’inconscient, ainsi qu’avec une dimension vibratoire-énergétique. 

 

L’enjeu, ici, est au moins triple : 

  1. Se connecter simultanément à différentes strates de la perception externe et de la sensation interne. Cette double connexion implique également des dimensions inconscientes, imaginaires et vibratoires. 
  2. Interconnecter aussi et simultanément, visible et invisible, conscient et inconscient. Faire voyager ces sources les unes dans les autres, les unes par les autres. Les perceptions produisent des sensations et les sensations orientent la perception, portant à sortir d’une perspective de séparation entre le dedans et le dehors et à les prolonger l’un de l’autre. Cette dynamique d’inter-connectivité est un des réservoirs de la pratique. Elle fonde une éthique dans la mesure où la réciprocité entre l’intérieur et l’extérieur est sa condition-même. 
  3. Faire signe, par la danse, de ces relations, en résonance avec ces mondes, afin de rendre visibles leurs dynamiques de forces, par les formes toujours mouvantes du geste chorégraphique, en composition instantanée. 

Par la danse, le corps sismographe entre ainsi en résonance avec différents lieux, leurs empreintes temporelles, énergétiques ou émotionnelles. Il trace simultanément et en temps réel, des informations vibratoires-ondulatoires provenant d’un environnement naturel et des informations émanant de parts inconnues ou inconscientes, dites « parts informulées ». Sélectionnant différents points d’entrée, il compose tour à tour à partir de sources internes et/ou externes, sensorielles et/ou émotionnelles, les interconnectant les unes aux autres. Il se fait ainsi le révélateur de l!endroit où il se trouve. Ainsi, plutôt que de danser, il s!agit d’être dansé par les lieux, les circonstances et les atmosphères. La danse devient la manifestation des liens entre le corps et son environnement. Elle capte et révèle les énergies des lieux sans chercher à leur donner une signification, afin de rendre visible ce qui n’apparaît pas toujours à la perception ordinaire. Tissant des liens ce continuité entre humain et non-humain, conscient et inconscient, visible et invisible, ombre et lumière, elle connecte à la Terre. »

 

Nadia Vadori-Gauthier

Cartes à danser : Réel Machine, conçues par Nadia Vadori-Gauthier, pour la méthode qu'elle a élaborée : Corps sismographe®.