Somatiques, esthétiques et politiques

Sous le régime de la représentation, les images de nos corps s’articulent à des images du monde qui peuvent nous séparer de la vie. Dans ce contexte, il semble nécessaire d’interroger nos façons d’être ensemble. Quels dispositifs pouvons nous inventer pour faire circuler la vie et conjurer la violence des images du monde ? Comment ouvrir de nouveaux espaces partagés d'expériences et de vie réelle ? Comment habiter le monde dans une perspective d'alliance et de réciprocité ?

La représentation est omniprésente en tant que paradigme dominant de notre monde contemporain. Elle investit chaque interstice de nos vies et se décline selon des procédés spectaculaires. Sous le régime de la représentation, toute expérience passe par la médiation d’images préexistantes (de la vie, du corps, de la pensée) qui s’érigent en modèles ou en mètres-étalons de nos expériences. La vie n’est plus directement éprouvée à partir de foyers incertains ou encore aveugles. La conscience se détache pour prendre appui sur le déjà existant. Pour la chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier, il s'agit alors, de vivre, penser, un seuil de tremblement sur lequel la perception ordinaire vacille ; d'élaborer des modalités de regard qui tentent d'ouvrir les corps et les espaces, les libérant d'identités fixes ou trop définies ; de voir avec la peau, les liquides, les os, d'épouser le vide au cœur des choses ; de voir avec " les yeux du vide " afin que les images se transmutent continuellement en leur anagramme : magies ; de se connecter aux dimensions fluidiques de la vie pour que coule une nouvelles douceur entre les corps et les catégories. 

 

Cette perspective implique à la fois des dimensions somatiques, esthétiques et politiques : somatiques en tant qu'elle engage le corps vivant comme véhicule d'une expérience non codée d'avance, mettant en lien intériorités et extériorités ; esthétiques, en tant quelle engage la sensibilité ; politiques, car elle invite une dimension collective interconnectant humain et non humain.

 

 

Le Prix de l'essence

Le Prix de l’essence est une compagnie chorégraphique crée par Nadia Vadori-Gauthier. Cette association à but non lucratif (loi 1901) a pour objet la création et la diffusion d’œuvres chorégraphiques et  audiovisuelles, ainsi que la formation et la publication. L’enjeu est de soutenir des processus de création et de recherche qui puissent tisser des liens entre des dimensions esthétiques (de la sensibilité), poétiques (poésie en acte), somatiques (expérience du corps en mouvement, en relation aux environnements) et politiques (favoriser des modes d’être ensemble, impliquant des partages de la sensibilité et de l’imaginaire). 

 

 

 

 Le nom de la compagnie

Le monde contemporain occidental fonctionne selon des codes qui assignent chacun à une place déterminée dans une hiérarchie des pouvoirs. Cette classification se fonde principalement sur des enjeux financiers, en partie liés aux localisations du pétrole à l’échelle planétaire. Le prix de l’essence mène le monde et se situe à l’origine de nombreux conflits géopolitiques. Il s’agit ici de permettre l’émergence d’une tout autre essence, qui n’est pas cotée sur les marchés, mais dont la valeur est inestimable. Cette essence est vibrante, poétique et singulière. C’est un désir d’art, d'altérité, de relation, de vie. La chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier s’engage dans la création de dispositifs qui œuvrent dans cette perspective. Ainsi, "le prix de l’essence" serait à entendre comme ce qu’implique en termes d’engagement le fait de se dédier à cette cause poétique par l’art. Il implique une vie.